Trop penser me font amours

Installation immersive pour laboratoire de photographie

Trop penser me font amours
Dormir ne puis
Si je ne vois pas mes amours
Toutes les nuits

L’amoureux laissé seul tourne en rond, « court dans sa tête », somnambule pris au piège des délires de son imagination. Et pourtant ce papillon de nuit affolé effectue en vol des figures que nous reconnaissons tous pour les avoir vécues et pratiquées : l’angoisse de l’attente, la déclaration, l’absence de réponse…

Ces instantanés du sentiment amoureux composent les Fragments d’un discours amoureux. Roland Barthes saisit ainsi par petites touches le répertoire culturel atemporel dans lequel nous piochons sans vraiment nous en rendre compte – en un mot, des clichés. Le projet prend la forme d’une installation grandeur nature réalisée au sein du laboratoire photo de l’école, le lieu même où l’on manipule l’image. Entre intimité de l’obscurité et distance de l’optique et de la chimie, ce lieu n’est pas tout à fait étranger à celui dont le vrai roman d’amour est La chambre claire.

Le spectateur est invité à pénétrer à l’intérieur de différentes cabines, à manipuler des dispositifs, à découvrir des vidéos, un matériel en constant renouvellement le temps des représentations. Car en écho aux vidéos où ils apparaissent, cet espace est habité par plusieurs performers – scientifiques, photographes, anges en transit – qui manipulent et modifient les contenus des cabines.

Chaque cabine présente une installation différente ; et pourtant, toutes se répondent. En effet, elles traitent toutes de la fabrication de l’image et de l’optique : stéréoscopie, théâtre optique, interview d’une neurologue… D’autres détails achèvent de faire percevoir qu’elles sont les parties d’un même tout. C’est le cas par exemple d’une carte postale de fleurs dont on retrouve le bouquet en train de faner dans la cabine suivante. Certains fragments utilisent les agrandisseurs déjà présents dans le lieu, par exemple pour éclairer pendant quelques secondes la définition de «désir» dans un dictionnaire ouvert.

L’installation et la performance ont pour but de mettre en évidence l’ambiguïté de la temporalité amoureuse au cœur de l’essai de Barthes. En effet, là où l’amoureux pense vivre une expérience unique et exceptionnelle, nous pouvons voir une répétition perpétuelle malgré les variations du hasard, comme un sentiment de déjà-vu, une matérialisation du souvenir menacée par le temps autant que par le mensonge.

Notice sur le site de l’EnsAD

Extrait vidéo ici 

 

  • Trop penser me font amours

    Projet de diplôme à l'EnsAD

  • Date

    2015

  • Mention

    Félicitations du jury